…Entre formalisme et autobiographie? Sur les toiles accrochées aujourd’hui aux murs de la galerie et pour l’exposition desquelles je remercie Zsolt Victora, Csaba Nagy, Kati Tomjanovich et Miklós Sulyok, qui a eu la gentillesse de se charger de leur transport depuis Berlin, s’inscrivent sans doute, un peu a la faí§on d’un sismographe, les remous d’une installation a l’étranger.   Il y a un peu plus d’un an, maintenant, j’habitais Paris. Mon déménagement a Berlin ne fut pas sans conséquences sur le travail, non pas tant a cause des ouvres que j’ai pu voir depuis sur place, mais venu plutí´t de ce bouleversement qu’entraí?ne un départ, le fait de s’expatrier, c’est-a-dire de vivre désormais dans une autre langue, si mal que ce soit : l’allemand. Car pour le reste, le monde se ressemble ou que cela soit, identique a lui-meme.   Le trouble inévitable résultant d’une telle confrontation modifia l’approche, la méthode, la syntaxe de la trentaine de peintures réalisées depuis lors. Moi qui procédais depuis cinq ans par taches, encollage et arrachage, j’en revins aux pinceaux, au trait, au motif, a prendre en compte les bords, les coins, le hors champ, l’espace alentour, l’extérieur, et meme le visiteur ! Dans un deuxieme temps, je laissai le pinceau au profit du rouleau, tout aussi sensible, contrairement a ce que je croyais, tout aussi délicat a manier. L’intéret d’un tel outil réside dans sa vitesse, ou plutí´t dans ses différentes vitesses tout au long d’un tracé d’apparence immédiate, avec le risque inhérent a cela de créer un effet de signature, sans intéret.   Ceci n’étant d’un aspect des choses, un exemple, il y aurait trop a dire, il vaut mieux regarder. Se dicter des regles, puis les déplacer dans le mouvement de leur application, voila une constante, d’année en année et depuis le début. Prendre fait et cause pour les moyens qu’on met en ouvre, concretement parlant, en voici une autre. En d’autres termes : considérer le support, les outils, les moyens, la méthode, comme constituants intrinseques de l’image résultante. Ainsi, ici, autre exemple, le mouvement propre aux toiles laissées libres, tout juste contraintes a s’ouvrir au moyen de quelques agrafes, et dont les bords rebiquent dans leur désir de se refermer.   Meme jeu pour le motif : il est indifférent, prétexte a manifester l’espace. Celui des traces s’entrecroisant, se superposant, se juxtaposant ; ainsi que celui propre a la couleur dont la profondeur ou la platitude dépend des pigments, de leur voisinage, de leur contexte, tout autant que des formes qui se déploient sur une toile. C’est d’ailleurs dans ce battement des traces, l’interdépendance des teintes et des formes, que se produit l’image, avec son ambiguité fondamentale, qui pour une grande part, comme le théorisait si bien Walter Benjamin, réside dans le temps, son arret, décisif.   Les peintures présentées a l’occasion de cet accrochage faisant partie d’un ensemble plus vaste, la galerie se fera un plaisir de vous en montrer d’autres a votre demande, toutes procédant du meme mouvement, entamées et achevées entre mai 2007 et mai 2008. /M.C/

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